Ces deux derniers mois, je vous ai présenté Eléonore Koffi et Manuela Kouadio, deux femmes impliquées pour la promotion des technologies de l’information et de la communication (TIC) en Côte d’Ivoire. Ce mois-ci à défaut d’une vraie rencontre j’ai rencontré Honorine Kadio grâce à Skype.

Nous n’avons pas vécu la révolution industrielle, nous ne devons pas manquer la révolution numérique

Diplômée dans les Télécom, Honorine est aujourd’hui chargée d’études et de planification chez un opérateur à Abidjan.

Persuadée que les femmes doivent s’approprier les TIC, elle participe en 2013 à la création de Mys’TIC, une communauté qui fait la promotion des TIC en Afrique.

Mais son investissement auprès des femmes ne s’arrête pas là !

Intéressée par l’univers de l’entrepreneuriat et convaincue par le potentiel des ivoiriennes, Honorine a mis son énergie au service des femmes en lançant le plateforme femmesentrepreneures.ci pour les accompagner dans leurs projets.

Rencontre avec Honorine qui s’active pour faire bouger les lignes !

Profile ono

 

Il a fallu travailler dur pour prouver qu’en tant que femme rien ne m’empêchait de réussir des études dans les télécoms

Ludwine. Après des études d’ingénieur télécom, tu travailles aujourd’hui toujours dans le domaine des télécoms. Comment t’es venue l’envie de te lancer dans cette voie ?

J’ai toujours aimé les matières scientifiques. Je suis titulaire d’un BAC D.
Au lycée, il avait été initié des cours en informatique. L’objectif était de permettre aux élèves de se familiariser avec les outils bureautiques Word et PowerPoint. Ce fut pour moi l’occasion de toucher pour la 1ère fois à un ordinateur et j’ai été séduite. Alors après le BAC, j’ai décidé de poursuivre mes études dans le domaine des TIC.

Au départ tout n’était pas gagné vu que j’embrassais un domaine « réservé aux hommes ». Il a fallu travailler dur pour prouver qu’en tant que femme rien ne m’empêchait de réussir des études dans les télécoms. Grâce à Dieu j’ai eu un excellent parcours scolaire et j’ai toujours bénéficié du soutien de mes proches.

Lors de nos échanges, tu m’as confié que dès le lycée peu de femmes suivent les filières scientifiques. Comment l’expliques-tu ? Y-a-t’il des préjugés et stéréotypes concernant les sciences ?

Je pense qu’ils y a beaucoup de préjugés et de stéréotypes. En général, les filles se disqualifient elles-même dès le départ. Elles se disent que la science c’est pour les hommes. Une femme n’aura pas assez de temps pour se consacrer à des études scientifiques qui demandent beaucoup de temps. Certaines voient les filles qui embrassent une carrière scientifique comme des « garçons manqués » et pas très « fashion ».

En général, les femmes considèrent les TIC comme un mystère, comme quelque chose d’inaccessible

Plusieurs initiatives ivoiriennes existent pour encourager les femmes à utiliser les TIC. Justement tu fais partie de l’association Mys’TIC. Pourquoi ce nom ? Quelles sont vos ambitions et vos actions sur place ?

J’aime cette question ! En effet, avec des amies, nous avons voulu mettre en place Mys’TIC afin de démystifier les TIC aux yeux des filles. Mys’TIC c’est la contraction de 2 mots : mystère et TIC.

En général, les femmes considèrent les TIC comme un mystère, comme quelque chose d’inaccessible. Nous voulons leur montrer qu’une femme peut très bien réussir dans le domaine. Et pour cela pas besoin d’être un génie, il faut juste le vouloir et se donner à fond !

Team Mys'TIC en 2012
Team Mys’TIC en 2012

Nous souhaitons à travers nos actions :

  • participer à la réduction de la fracture numérique entre les hommes et les femmes, et entre les grandes villes et les campagnes
  • aider les femmes à s’approprier les outils TIC et à les utiliser quotidiennement
  • amener la gente féminine à s’intéresser et à s’investir dans les technologies de l’information et de la communication

Pour pouvoir atteindre ces objectifs, nous avons développé 3 concepts :

La rencontre des « Go 2.0 » : en Côte d’Ivoire le mot « Go » signifie « femme ». Ceux sont des rencontres entre les passionnées du web en vue de débattre de sujets autour des TIC et du web. Nous avons organisé à cet effet des formations sur les thèmes « comment rédiger un article de blog », « comment promouvoir et rentabiliser son blog ».

La dernière session en date nous a permis de débattre du thème « Femmes, entreprenariat et TIC ».

Entre Blogueuses : c’est une plateforme qui rassemble les blogueuses de provenances diverses. L’objectif est de promouvoir les blogs de femmes et constituer une aide pour celles qui font leurs premiers pas dans le blogging.

TIC pour tous : c’est une activité qui nous permet d’aller à la rencontre de femmes qui évoluent dans le secteur informel afin de les initier à l’utilisation des TIC dans leurs activités quotidiennes. Nous avons rencontré des commerçantes, des coiffeuses, des couturières à Abidjan et aussi à l’intérieur du pays.

Hormis nos activités, nous participons aussi aux événements qu’organisent les membres de l’écosystème des TIC. Par exemple, chaque année, nous célébrons la journée internationale des filles dans les TIC : c’est une journée décrétée par l’ONU pour faire honneur aux filles du domaine.

Mys’TIC existe en Côte-d’Ivoire, au Burkina Faso et au Togo.

Pourquoi t’être impliquée dans cette association ?

La 1ère raison pour laquelle je me suis investie dans l’association c’est le partage.
Les TIC offrent beaucoup d’opportunités, et les femmes ne doivent pas rester en marge. Très souvent elles n’ont pas conscience du bénéfice qu’elles peuvent tirer du numérique.

Si nous prenons l’exemple même d’une couturière ou d’une commerçante, le web lui permet d’avoir des clients en dehors de sa zone géographique. Pour les étudiantes, la recherche devient plus facile. Il existe beaucoup de ressources en ligne qui pourraient aider. De nouveaux métiers naissent avec le digital, c’est une aubaine pour pouvoir s’insérer dans le tissu professionnel.

Avec Mys’TIC, nous partageons notre savoir-faire avec les filles. C’est une très grande joie de le faire et d’être utile aux autres.

1ère rencontre des Go 2.0
1ère rencontre des Go 2.0

L’émancipation de la femme est possible grâce au numérique

Qu’aimerais-tu dire à des jeunes filles et femmes pour leur donner envie de se lancer dans le numérique ?

Je dirai à toutes celles qui hésitent encore que le numérique est la mine d’or de notre siècle. Aujourd’hui même les entreprises migrent vers le numérique. On parlent de plus en plus de digitalisation de l’entreprise. Les métiers se transforment, les modes de vies changent. Notre vie entière est envahie par les outils numériques. L’émancipation de la femme est possible grâce au numérique.
De grand groupes mettent en avant des femmes. Je pourrai citer Marissa Mayer, PDG de Yahoo. J’ai eu la chance de rencontrer en 2012, Marie Kouadio une ivoirienne qui travaille chez Google. Elles sont des exemples à suivre.

Nous n’avons pas vécu la révolution industrielle, nous ne devons pas manquer la révolution numérique.
Alors, qu’elles nous rejoignent pour qu’ensemble nous puissions démystifier les TIC !

Chloe O’Brian incarne la femme passionnée qui maîtrise son métier, et surtout qui ne se laisse pas intimider

Durant mes études j’ai eu une prof de maths formidable. Elle a été une vraie source d’inspiration, un « rôle modèle ». Et cette rencontre m’a décidé à poursuivre mes études en mathématiques. As-tu fait des rencontres déterminantes qui t’ont aidé à te réaliser ?

Oui j’ai rencontré des personnes formidables qui m’ont inspirées et qui m’inspirent toujours.

Je pourrai parler de Nnenna, une dame très investie dans les TIC et le mouvement Open source. Je l’ai rencontré en 2011 lors d’un événement et son intervention m’a beaucoup motivée. Elle a dit quelque chose qui m’a marqué :  « les TIC présentent d’énormes opportunités pour les femmes. Il est possible, avec une bonne connexion Internet, de travailler à partir de la maison et de gagner sa vie. Pour celles qui veulent se remettre aux études, cela est possible grâce Internet »
J’ai aussi la chance d’avoir pour manager une dame formidable qui me pousse toujours à aller au-delà de mes limites.
Il y a aussi Chloe O’Brian de la série 24h chrono qui a beaucoup influencé ma passion pour les TIC. Elle incarne la femme passionnée qui maîtrise son métier, et surtout qui ne se laisse pas intimider.

En France j’observe de plus en plus de dynamique autour de l’entrepreneuriat avec notamment beaucoup d’hackathons, startup week-end… Quel est ton ressenti sur ce sujet en Côte d’Ivoire ? Quelles sont les initiatives existantes ?

En Côte d’Ivoire nous avons aussi beaucoup d’initiatives et de communautés.

Nous avons par exemples les GDG (Google developers Group) qui aident à l’utilisation des technologies Google. J’ai été pendant 1 an, chef de projet intégration féminine au GDG Abidjan. Ma mission consistait à recruter et intégrer les filles dans les différentes cellules.
Des startup week-end et afterwork sont organisés pour permettre à des porteurs de projets de se retrouver et échanger. J’ai d’ailleurs été bénévole dans l’organisation des Abidjan Startup Week End 2012 et 2013.
Cette année nous préparons une autre édition qui se tiendra du 11 au 13 décembre 2015.
Certaines entreprises de télécoms organisent aussi des hackathons et des concours pour aider au développement de startups technologiques. Il existent des incubateurs qui soutiennent les jeunes entrepreneurs.

L’écosystème est en pleine ébullition. Je crois très sincèrement que les prochaines années révèleront de très belles choses.

Merci à Honorine pour cet échange !

 

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One thought on “Avec Mys’TIC, Honorine Kadio démystifie les TIC en Côte d’Ivoire

  1. Good initiative after reading your word press. Keeping moving girl only self development and helping other can make you successful

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